Cet article aurait dû être publié il y a environ... deux mois. Je vous parlais alors d’
une petite escapade qui allait nous faire un peu de changement... J’avais prévu d’écrire un article sur ce sujet juste après ces quelques jours, mais le temps m’a manqué. Il m’a aussi fallu un moment pour moi, pour réfléchir à cette expérience, à ce qu’elle m’avait apporté, les bons moments, les moments plus difficiles, et essayer de mettre de l’ordre dans tout ça pour y voir plus clair et continuer d’avancer. De plus, la discipline n’a jamais été mon fort (bien sûr, tout dépend des circonstances...). J’ai donc écrit cet article quelques semaines après les événements racontés ici. Il m’a encore fallu un mois de plus pour que je me décide à le publier.
M a rencontré une femme –j’ai décidé de l’appeler Ange sur ce blog, car elle ressemble parfois un peu à un ange- il y a quelques mois avec qui il se sentait suffisamment à l’aise et qu’il appréciait suffisamment bien –et qu’il apprécie de plus en plus- pour qu’elle et moi nous nous rencontrions. Étant une personne qui n’a pas peur de prendre les devants, il a donc organisé un petit weekend où nous aurions le temps de nous rencontrer, de faire connaissance, et plus si affinités, selon la formule consacrée.
Et affinités il y eut.
Je ne pouvais bien entendu pas être sûre que Ange et moi nous nous entendrions bien. Je savais pourtant qu’il n’y aurait pas de désaccords majeurs parce que M l’appréciait et pensait que le courant allait passer entre nous. Et j’avais confiance en son opinion.
Nous nous sommes donc d’abord rencontrés pour un café en ville. Le plus dur dans ce genre de rencontre, c’est bien entendu le début... C’est assez amusant de se rendre compte qu’un des sujets qui est soigneusement évité dans cette situation est précisément le sujet du sexe, bien que tout le monde sache que les probabilités pour qu’il y ait justement des relations d’ordre sexuel sont relativement grandes.
Nous étions donc tous un peu tendus. Rires nerveux, blagues et jeux de mots pas très marrants pour détendre l’atmosphère, perte de moyens (j’en étais en plus à mon troisième ou quatrième café de la journée, alors que je bois très très peu de café... j’avais peur d’être fatiguée... finalement, avec la nervosité et le café, j’avais juste un peu l’impression d’avoir mis les doigts dans la prise...). M était aussi nerveux. Je le voyais, mais il a bien sûr assuré qu’il se sentait très à l’aise... La tâche de mâle et de meneur reposait sur lui, semblait-il penser... Bien qu’il nous ait fallu un peu de temps pour nous détendre, nous lui avons finalement montré que Ange et moi pouvions prendre du bon temps sans qu’il doive jouer le rôle de coordinateur et de professeur.
Mais à ce moment-là, nous en étions encore loin... Rires nerveux et regards moitié mal à l’aise, moitié curieux semblaient encore s’infiltrer dans la plus grande partie de la conversation. Nous ne sommes pas restés longtemps dans le café que nous avions choisi... Nous n’allions pas détendre l’atmosphère en restant dans cet endroit, et les regards des autres personnes assises aux tables environnantes se faisaient de plus en plus, disons, interrogatifs...
Nous sommes donc rentrés (trente minutes de voiture, où M a fait le taxi... ni elle ni moi ne voulions aller devant... peur d’exclure l’autre). Bref... voyage tendu, mais l’atmosphère se déridait néanmoins gentiment. Ce n’est cependant qu’après être arrivés, après avoir fait cliqueter les coupes de champagne, que nous nous sommes détendus. Enfin, plutôt... détendu
es... car M était depuis longtemps plus qu’à l’aise. Deux femmes, une de chaque côté, qui étaient prêtes à le satisfaire. Il était aux anges. La soirée s’annonçait très bien.
Il serait impossible de décrire avec tous les détails nécessaires tous les moments de ces quelques jours, donc voici quelques-uns des instants très forts de cette rencontre :
Ange et moi étions chacune d’un côté de M.
Ce moment si bon, où l’air est en même temps tendu, mais où tout le monde est détendu. Ce moment où il est clair que le temps des discussions philosophiques est passé, mais où rien ne s’est encore passé, tout du moins entre Ange et moi. Ce moment qui semble durer une éternité, mais qui en fait ne dure que quelques minutes.
Ce moment où tout le monde sait qu’il va se passer quelque chose bientôt, mais où personne ne sait encore quand, ni comment cela va arriver. Ce moment de découverte où l’autre est encore un terrain complètement inconnu, à explorer tout entier. Ce moment où je décide de caresser du bout des doigts la main de Ange, qui, doucement, répond à ma caresse. Ce moment où je sais que je ne vais pas seulement m’entendre avec elle au niveau intellectuel, mais aussi au niveau physique. Ce moment où rien ne semble plus compter que sa main et la mienne qui se caressent.
Un peu plus tard, les corps ont appris à se connaître un peu plus, les gestes sont toujours un peu hésitants, mais c’est plus pour profiter du moment, pour ne pas aller trop vite, plutôt que par peur de brusquer l’autre ou de le pousser dans quelque chose qu’il ne veut pas. Les gestes sont encore un peu lents, cependant le désir est palpable, la frénésie est là, tout près, prête à déchaîner nos envies et nos passions. La respiration de chacun est déjà moins régulière. La nouveauté, le plaisir, les sensations, tout se mélange et s’entrelace. Et, sans prévenir, mon regard et celui de Ange se croisent, et se passe alors quelque chose qui arrive rarement. Une sorte de connexion impossible à décrire. Une connexion avec quelqu’un que je connais à peine. Une sorte de sensation qui vous dit que vous vous sentez bien, que vous comprenez la personne en face de vous d’une manière différente qu’une minute auparavant. Une sorte d’émerveillement face à quelque chose de nouveau, une envie de découverte, une envie de toucher comme un enfant touche les objets qui lui sont inconnus. Un désir de dire « je sais exactement ce que tu ressens » tout en sachant que l’autre le sait déjà. Je ne peux évidemment décrire ce moment que de mon point de vue, mais j’ai cependant l’impression que cette sensation était réciproque, et qu’elle ressentait en effet exactement la même chose que moi.
Un peu plus tard encore. Les gestes ne sont maintenant plus du tout hésitants. Le désir est maintenant palpable plus que jamais, il se lit dans les yeux de l’autre. Ce regard si révélateur qui semble venir directement de l’âme de la personne, sans aucune carapace sociale. Simplement ce regard brut, brûlant de désir. Je me sens tout à coup plus observatrice qu’actrice. Les respirations de M et de Ange se font plus saccadées. J’ai envie de les voir se faire l’amour. Ils sont à peine à un mètre de moi. Je ne me souvenais plus combien un corps de femme peut sembler fragile, et je suis au départ surprise de voir M la prendre si violemment, bien que ce soit cette même violence que je recherche souvent avidement dans nos rapports. Je suis aussi surprise par l’intensité avec laquelle je ressens la situation. Tous mon corps est tendu vers leur excitation, bien que je reste simple observatrice. Je ne me touche pas, tant l’intensité est grande. Me toucher ne ferait que diminuer cette force qui prend naissance entre mes jambes et qui envahit tout mon corps. Jamais je n’aurais cru que regarder M prendre une autre femme puisse engendrer de telles sensations dans mon corps...
Et plus tard encore... Ange est enfouie entre mes jambes. M me surplombe et me caresse d’abord doucement les seins, avant de les pincer et de les torturer doucement. Je sens l’intensité monter dans mon sexe. Je ne m’y attends pas. Je ne pensais pas pouvoir atteindre un orgasme... Peu de gens savent comment s’y prendre lors de la première rencontre. Mais Ange est tellement divine que j’ai du mal à croire que c’est la première fois qu’elle fait cela. Finalement, mon orgasme me prend et fait trembler tout mon corps...
Après les désirs et plaisirs des corps... la tête de Ange sur mon ventre, les corps et les esprits fatigués par une nuit trop courte, nous nous reposons un peu, puis finissons par nous endormir. Ma main dans ses cheveux, son corps tout près du mien, je me sens protectrice, amante, amie.
Il y eut encore plein d’autres bons moments, mais la liste serait trop longue... Ceux-ci sont les plus forts de cette rencontre.
J’appréhendais un peu -beaucoup- cette rencontre. J’ai déjà eu des expériences à trois, mais celle-là n’était pas une rencontre à trois habituelle. C’était une rencontre entre moi, quelqu’un que j’aime, et quelqu’un que la personne que j’aime appréciait beaucoup (et plus encore à présent). J’avais peur de ne pas savoir gérer, d’être jalouse, de ne pas apprécier la rencontre. Il y eut certes des moments où je me sentais un peu jalouse, ou un peu exclue, mais c’était principalement dû à des problèmes techniques -fatigue, problème de communication (nos langues maternelles ne sont pas les mêmes)- plus qu’à de vrais problèmes. Dans l’ensemble, tout s’est très bien passé. Mieux que ce à quoi je m’attendais. Je suis contente d’avoir rencontré Ange, et d’avoir pu partager tout cela avec elle. Et heureuse d’avoir pu offrir ce moment à M...
J’ai beaucoup aimé cette rencontre, et je pense que je suis prête à revivre une telle aventure (bien que des doutes m’envahissent parfois). Une des raisons qui me fait publier cet article ce soir est que nous allons nous revoir, Ange, M et moi, tous ensemble, très prochainement.
Le polyamour –et les relations amoureuses en général- me réserve plein de surprises. Comme je l’ai mentionné plus haut, il m’a fallu un certain temps après cette rencontre pour mettre mes idées en place et me retrouver. Le procédé n’est certainement pas évident.
Je sais qu’une relation basée sur ce genre de principes n’est pas facile et que les bonnes choses ne viennent pas toutes seules, d’un claquement de doigts. Les bons moments ont souvent été entremêlés à des défis qui me semblaient parfois difficiles (ou même parfois carrément insurmontables).
Mais cela m’a apporté beaucoup de choses, bien que je n’aie absolument aucune idée de la suite des événements. Je sais juste que pendant ces derniers mois, j’ai beaucoup ri, j’ai beaucoup pleuré et j’ai énormément grandi.